"If I think about the future of cinema as art, I shiver" (Y. Ozu, 1959)

The Treasure (Corneliu Porumboiu)

Sunday, 19 July 2015 10:23

À corps perdu

Emilie Bujès

C’est sous la houlette de Robin des Bois que semble être placé Le Trésor (Comoara), le dernier opus du réalisateur roumain Corneliu Porumboiu. Costi, son protagoniste principal, y évoque en effet dès la scène d’ouverture le brigand au grand cœur à son jeune fils, avant de lui lire le soir venu le récit de ses aventures. Scène de vie quotidienne contemporaine dans une famille de Bucarest.

Mais déjà le film prend une autre tournure, puisqu’un voisin convainc Costi de l’existence d’un trésor dissimulé par son arrière grand-père dans la propriété familiale - intéressante question que celle de la propriété; celle-là même qui sous-tend également la lutte de Robin des Bois. Les problèmes économiques du voisin, engendrés en partie par la crise, s’entrelacent dès lors à une histoire improbable dans laquelle Costi s’élance à corps perdu, bien davantage pour ce qu’elle représente que pour ses implications financières potentielles.

Inspiré d’une expérience similaire - à l’issue moins favorable - vécue par Porumboiu, Le Trésor s’articule autour d’un fil narratif aussi gracile que délicieusement subtil. Sur un sol, investi d’Histoire(s) - la Révolution roumaine de 1848, la période communiste et ses implications économiques individuelles, notamment en ce qui concerne l’expropriation, et le post-communisme - la partie centrale du film, composée de longs plans et séquences, rend compte de la quête d’apparence pour le moins désespérée, de trois hommes à la recherche d’un trésor enfoui. A un certain hyperréalisme, ponctué sans cesse de hiatus insolites, répond alors une dimension largement plus absurde qui s’adosse à cette temporalité venant bousculer le rythme du film, et à des éléments au comique naturel, tel l’homme au détecteur de métaux, sonore.

Difficile désormais de ne pas attendre ou redouter un renversement de situation, un retour brutal au réel. Mais l’enjeu est ailleurs pour Porumboiu, qui en passant revisite la critique institutionnelle dans une scène avec des policiers, non sans rappeler son Policier, adjectif  (déjà lauréat du Prix du Jury de la sélection Un Certain Regard en 2009) : l’utopie du quotidien, l’utopie au quotidien; rien de moins.

C’est alors sans surprise et avec délectation que l’on parvient à la scène finale (attention, spoiler): Costi, refusant la déception de son fils face à l’apparence prosaïque du trésor, se procure dans une bijouterie un butin digne de l’imagination d’un enfant. Après que la caméra lentement eut balayé la place de jeux et ménagé une séquence aussi décadente que jouissive dans laquelle les bambins se disputent joyeusement les bijoux, ne reste que le soleil. Et bientôt résonne «Life is Life» repris par Laibach, qui vient envelopper tout le film d’une tonalité nouvelle.



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