"If I think about the future of cinema as art, I shiver" (Y. Ozu, 1959)
"If I think about the future of cinema as art, I shiver" (Y. Ozu, 1959)
Certe volte la vita in un regime totalitario ha questa stessa atmosfera da acid trip… La vita diventa una sorta di point blank, per citare uno dei film che Kleber Mendonça Filho indica come ispiratori di O Agente Secreto (finalmente qualcuno che, a ragione, si ricorda di John Boorman; gli altri film fonte di ispirazione sono: Iracema di Jorge Bodanzky, Indagine su un cittadino al di sopra di ogni sospetto di Elio Petri, Orca di Michael Anderson, Body Parts di Eric Red, Lucio Flavio di Héctor Babenco, Close Encounters Of The Third Kind di Steven Spielberg, The Ear di Karel Kachyna). Una dimensione di vuoto che è però sempre sul punto di colpirti a bruciapelo (meglio se alle spalle). I film di riferimento non sono citazioni, ma agiscono sulle corde di un sentimento, di qualcosa che lavora e risale dall’inconscio, dando questa impressione di essere presi in una ragnatela vibrante e sincopata al tempo stesso (un trip). Aleggia un senso di morte, che è altrettanto duplicemente imperscrutabile e inesorabile (e non così lontano dalla nostra situazione attuale, per cui Brasile 1977 potrebbe facilmente essere Europa 2026, così come il 1977 brasiliano all’improvviso si è visto cupamente risorgere dieci anni fa). Non potrebbe essere diversamente, poichè la cosa essenziale è che il regista del film aveva nove anni all’epoca in cui il film è ambientato. Ed è lo stesso regista che, prima di O Agente Secreto, gira un documentario sulla sparizione delle sale cinematografiche della città di Recife, sua città natale e città di O Agente Secreto, non solo probabilmente usandolo come studio preliminare (Retratos fantasmas, basterebbe il titolo), ma fissando davvero l’idea stessa di filmare sul piano di un inconscio assoluto. Dittatura, controllo, delazione, morte: resistenza, memoria, infanzia, cinema. Senza soluzione di continuità. Non è anche questa opposizione dura al genocidio? Fare ricerche d’archivio e, dal flusso di immagini anonime, riconoscere i luoghi della propria giovinezza, collegandoli agli eventi realmente vissuti, cioè azionando la memoria all’interno di una logica del sogno. Una dittatura, quando finisce, non finisce davvero, c’è un’eco che perdura. Ecco perchè forse O Agente Secreto è prima di tutto un film sulle voci perdute, forse addirittura sulla fine di un’oralità che, in epoca di sorveglianza diffusa, sarebbe il caso di riprendere a praticare come forma di difesa e autonomia dal potere.
La séquence d’ouverture se situe vers la fin des années 1960: Clara glisse avec enthousiasme une cassette dans l’autoradio de la voiture immobilisée sur la plage pour faire découvrir à son frère et à sa petite amie Another One Bites the Dust de Queen.
Mais peut-être tout cela a-t-il d’ores et déjà commencé avant au fond, par une montée des marches cannoises venue adéquatement perturber un instant l’univers singulier et parallèle du festival: l’équipe du film, au moment de la classique pose au « sommet », manifeste silencieusement sa désapprobation quant à l’éviction de Dilma Rousseff. « Un coup d’état a eu lieu au Brésil ».
Tourné à Recife, au nord-est du pays, comme l’était déjà le premier film du cinéaste (Les Bruits de Recife, 2012), Aquarius s’inscrit donc dès le départ dans un cadre largement politique: celui d’un Etat actuellement en crise, mais aussi – c’est le récit du film – celui d’un pays plongé comme tant d’autres dans le libéralisme, d’une société et d’un quartier malmenés par des enjeux économiques. Mendonça Filho, dont le cinéma manifeste une clairvoyance et une sensibilité indéniables, poursuit ainsi son exploration du terrain qui lui appartient; la classe moyenne, incarnée ici dans le microcosme évoluant autour du personnage central, et dans les rapports, non dénués d’un certain paternalisme, qu’entretiennent les personnages avec leurs employés de maison. Une démarche plutôt singulière, exacerbée dans sa particularité par le choix d’une protagoniste féminine d’un certain âge. Sous les traits de la bouleversante Sonia Braga, c’est un portrait qui finalement se déploie sous nos yeux: une femme-enfant d’une soixantaine d’années, aussi belle qu’attirante, orgueilleuse qu’aimante, une femme forte, une femme libre.
Ancienne critique musicale, Clara vit depuis toujours dans son appartement de l’immeuble Aquarius, au bord de l’océan; elle y a vu grandir ses enfants, son époux terminer ses jours, la vie couler, tranquillement. Mais l’édifice est désormais isolé, pris d’assaut par les complexes immobiliers modernes, et Clara est la seule habitante qui a résisté aux insistantes sollicitations du promoteur.
Dépeignant les espaces avec grande habileté, que ce soit à l’aide d’élégants panoramiques ou dans la façon même dont il filme les intérieurs, le réalisateur rend compte d’un quartier en mutation, sur le point de s’éteindre. Pourtant l’omniprésence de Sonia Braga, dans chaque plan et sur chaque image, installe incontestablement le propos du côté de la résistance. Celle des lieux, celle de la mémoire – incarnée non seulement par les archives mais aussi par un rapport délicat au son et à la musique –, celle de la vie enfin: Clara, qui a vaincu un cancer du sein, flirte avec le garde-côte sur la plage le matin, joue les complices avec son neveu adoré et parfois invite un gigolo chez elle la nuit.
Le souvenir d’un film toujours est éloquent; est-ce une séquence, une image, un son, une couleur, parfois même une matière. Ce qui persiste ici est avant tout la délicatesse avec laquelle Kleber Mendonça Filho parvient à ménager un espace privilégié pour son actrice, partageant avec elle un objet dont la portée en fin de compte va bien au-delà des quelque 140 minutes de film. Avec finesse, avec modestie, et, pour citer un autre film cannois (Mimosas, Oliver Laxe, présenté à la Semaine de la critique): with love.